La sainteté de l’Eglise

18 Mars, 2019
Provenance: fsspx.news

Le catholique professe dans le Credo que l’Eglise est « une, sainte, catholique et apostolique ». Ces quatre propriétés, ou notes, représentent des aspects importants du mystère de l’Eglise. Toutefois, leur vraie signification est souvent ignorée, et la théologie postconciliaire les a fréquemment dénaturées. 

La théologie reconnaît de nombreuses « propriétés » à l’Eglise : les quatre notes citées, mais aussi la visibilité, l’indéfectibilité, l’infaillibilité, la romanité ou encore la hiérarchie. Ce sont des éléments indissociables de la véritable Eglise qui ne peut exister sans qu’ils soient présents. Ici, la sainteté qui correspond à la fin ou au but de l’Eglise, sera étudiée en premier. 

Qu’est-ce que la sainteté ? 

Dérivé du latin sanctus « ce qui est prescrit », le mot signifie tout à la fois un état de pureté, et d’autre part la fermeté ou la stabilité dans cet état. L’Evangile nous apprend que ces éléments résultent de l’amour de Dieu pour nous et de notre réponse à cet amour. Ainsi la sainteté de l’Eglise réside premièrement dans la charité véritable. 

Cette charité est d’abord celle du Christ pour son Eglise, son Epouse bien-aimée. C’est le premier don qu’il lui fait : un amour qui la rend sainte puisqu’elle plaît à Dieu qui est la sainteté même. L’Eglise est sainte de la sainteté du Christ, le saint des saints, car elle ne fait qu’un avec lui. 

La charité est ensuite le but fixé à l’Eglise qui doit conduire ses enfants à la parfaite union à Dieu. Cette union n’est autre que la sainteté elle-même, qui se réalise dans la charité. La perfection de la vie spirituelle est strictement identique à la grandeur de la charité. A notre mort, nous serons jugés sur l’amour. 

La sainteté est aussi l’ensemble des moyens que le Christ a confiés à son Eglise pour réaliser cette perfection de la vie spirituelle dans les âmes. Et tout spécialement sa doctrine, révélation ultime de la vie même de Dieu, qui est charité. A laquelle il faut ajouter la hiérarchie sacerdotale, évêques et prêtres, qui confère les sacrements, producteurs de la grâce et de la vie divine dans les âmes. 

Il faut également ajouter le culte divin, accompli de manière parfaite par notre grand prêtre Jésus-Christ au calvaire ; et qu’il nous a confié dans la sainte messe, renouvellement non sanglant du sacrifice de la croix. L’Eglise a ainsi été dotée d’un trésor inépuisable de sainteté. Trésor ordonné à la sanctification des âmes, à la production de la grâce, à l’union des âmes à Dieu. 

L’Eglise est sainte 

Cette sainteté est d’abord celle des âmes. Elle peut avoir divers degrés : ordinaire, qui consiste à éviter le péché grave et à demeurer dans l’état de grâce ; héroïque qui correspond au saint canonisé. 

Mais c’est aussi celle des moyens qui permettent d’obtenir cette fin, autrement dit tous les moyens que nous avons énumérés précédemment. Et ces moyens sont proportionnés au résultat. C’est pourquoi l’on trouve la sainteté chez les fidèles à tous les âges de l’Eglise. 

Cependant une objection se pose, qui paraît redoutable aujourd’hui : avec la multiplication des scandales en son sein, l’Eglise est-elle vraiment sainte. Et l’on peut ajouter : la doctrine elle-même, cette révélation venue du Père des lumières pour nous éclairer, qu’est-elle devenue ? Il semble qu’elle ait été la première à être frappée, surtout depuis le concile Vatican II. Peut-on prétendre, aujourd’hui, que l’Eglise soit sainte ? Et l’a-t-elle jamais été ? Car le péché est de toutes les époques. 

L’Eglise est sans tache 

Saint Paul l’affirme nettement : « Le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, après l’avoir purifiée dans l’eau baptismale, avec la parole, pour la faire paraître, devant lui, cette Eglise, glorieuse, sans tache, sans ride, ni rien de semblable, mais sainte et immaculée » (Ep 5, 25-27). Ce texte concerne directement l’Eglise présente, telle qu’elle sort du baptême, dont la grâce a pour fin de l’incorporer au Christ. 

Le même enseignement se trouve dans la première épître de saint Jean où il est écrit d’une part que « quiconque est né de Dieu ne commet point le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui,  et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu » (1 Jn 3, 9) ; et d’autre part : « si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous » (1 Jn 1, 8). L’apôtre bien-aimé veut nous enseigner que les membres de l’Eglise pèchent, en tant qu’ils trahissent l’Eglise ; l’Eglise n’est donc pas sans pécheurs, mais elle est sans péché. 

Dire que l’Eglise est sans péché, c’est dire qu’elle ne consent jamais au péché ; mais ce n’est pas dire qu’elle ne s’inquiète pas du péché. Elle a pour mission d’aller chercher ses enfants au sein du péché, de lutter sans cesse pour faire reculer en eux et dans le monde les limites du péché. L’Eglise est toute mêlée au péché : c’est l’adversaire avec lequel elle est aux prises jusqu’à la fin des temps. 

L’Eglise n’est pas sans pécheurs 

Elle est le royaume du Fils de l’homme dont ne seront chassés qu’à la fin des temps ceux qui causent des scandales et commettent l’iniquité (Mt 13, 41-43) ; le filet qui contient jusqu’à la fin des temps de bons et de mauvais poissons (Mt 13, 47-50). Elle ne bannit les pécheurs que dans les cas extrêmes. Il y a toujours beaucoup de pécheurs dans l’Eglise. 

Les pécheurs sont membres du Christ mais pas au même titre que les justes. Ils peuvent appartenir à l’Eglise où sont les justes, mais ils seraient incapables à eux seuls de constituer l’Eglise. La notion de membre du Christ et de l’Eglise s’applique aux justes et aux pécheurs de diverses manières. 

Les pécheurs sont membres de l’Eglise en raison des valeurs spirituelles qui subsistent encore en eux : caractères sacramentels, foi et espérance théologales ; mais aussi en raison de la charité collective de l’Eglise. Ils restent associés à la destinée des justes à la manière dont un membre paralysé participe encore au déplacement et aux démarches de la personne humaine. 

L’Eglise continue de vivre jusque dans ses enfants qui ne sont plus dans la grâce, avec l’espérance de les rattacher à elle de manière vitale. 

L’Eglise qui ne pèche pas, se repent et se convertit 

En ses enfants pécheurs qui, à son instigation, renient leur péché, c’est l’Eglise elle-même qui se repent et fait pénitence. Comment l’Eglise peut-elle faire pénitence puisqu’elle ne pèche pas ? 

Ce sont les mêmes êtres qui pèchent et qui font pénitence. C’est en trahissant le Christ et l’Eglise qu’ils pèchent ; et c’est au nom du Christ et de l’Eglise qu’ils font pénitence. C’est pourquoi il faut dire que l’Eglise, qui ne pèche pas, fait pénitence. L’Eglise, comme personne, prend donc la responsabilité de la pénitence, mais elle ne prend pas la responsabilité du péché. 

Quand l’Eglise met sur nos lèvres le Pater, quand elle nous fait dire au Père : « Remettez-nous nos dettes » (Mt 6, 12), c’est bien en son nom que chaque jour nous prions et demandons pardon ; mais pour les fautes commises par nous, et non par elle. 

L’Eglise est immaculée 

Si l’on définit l’Eglise à la manière des journalistes, de façon extérieure, sans prendre en compte son mystère profond, on ne peut comprendre la vraie sainteté de l’Eglise. 

Mais si l’on définit l’Eglise par ce qui la fait Eglise, on verra alors que, bien qu’elle comprenne de nombreux pécheurs, elle est toute pure et sainte ; qu’elle s’incarne et devient visible dans ce qui est pur, tant dans ses enfants justes que dans ses enfants pécheurs ; que ses frontières propres ne circonscrivent que ce qui est pur et bon dans ses membres, justes et pécheurs, laissant en dehors d’elle tout ce qui est impur, même dans les justes ; que le Christ total, Tête et Corps, est saint dans tous ses membres, pécheurs et justes. L’Eglise est immaculée. 

Certes, des hommes apostoliques ont pu dire que les mauvais chrétiens souillaient l’Eglise, mais cela signifie que ces membres appartiennent de droit tout entiers à l’Eglise, et que le monde la tiendra pour responsable de leurs fautes ; ce qui est une injustice - hélas ! - bien compréhensible. 

En réalité, les justes et les pécheurs sont dans l’Eglise uniquement par ce qui en eux, est saint ; à l’exclusion de ce qui est péché. « Le Christ, du haut du ciel, regarde toujours avec un amour spécial son épouse immaculée, qui peine dans l’exil sur cette terre », Pie XII, Mystici Corporis, 29 juin 1943. 

Les pécheurs qui sont en son sein apportent la preuve de la sainteté de l’Eglise 

Il faut faire un pas de plus et affirmer que non seulement les péchés des hommes ne portent pas ombrage à la sainteté de l’Eglise, mais au contraire qu’ils contribuent à la mettre davantage en relief ; en effet, si l’on voit que l’institution persévère en dépit des défaillances humaines, c’est un argument qui doit être invoqué en faveur de la divinité de cette institution. L’Eglise constitue alors un véritable miracle moral. 

C’est ce que souligne Léon XIII : « L’historien de l’Eglise sera d’autant plus fort pour faire ressortir son origine divine qu’il aura été plus loyal à ne rien dissimuler des épreuves que les fautes de ses enfants, et parfois même de ses ministres, ont fait subir à cette épouse du Christ », Lettre aux évêques et au clergé de France, 8 septembre 1899. 

Saint Pie X est plus explicite encore : « Quand la licence des mœurs est plus déchaînée, plus féroce l’élan de la persécution, plus perfides les embûches de l’erreur, quand ces maux semblent la menacer de la dernière ruine, lui arracher même nombre de ses fils pour les jeter au tourbillon de l’impiété et des vices c’est alors que l’Eglise éprouve le plus efficacement la protection divine. (…) Seul un miracle de la puissance divine peut faire que malgré l’invasion de la corruption et les fréquentes défections de ses membres l’Eglise, corps mystique du Christ, puisse se maintenir indéfectible dans la sainteté de sa doctrine, de ses lois et de sa fin, tirer des mêmes causes des effets également fructueux, recueillir de la foi et de la justice d’un grand nombre de ses fils des fruits très abondants de salut », Encyclique Editæ sæpe, 26 mai 1910. 

L’Eglise n’est donc pas pécheresse ; parce que le péché n’est pas dans l’Eglise. L’Eglise pleure les péchés de ses fils, mais les larmes qu’elle peut verser ne défigurent pas son visage. 

Imputations récentes contre la sainteté de l’Eglise 

Malheureusement, les enseignements du concile Vatican II, sans nier explicitement la sainteté essentielle de l’Eglise, ne font pas suffisamment la distinction entre les deux saintetés, la sainteté des membres et la sainteté des principes : doctrine révélée, sacrements, culte divin, sacrifice, lois. 

Le Concile dit expressément que l’Eglise est « toujours à purifier » ; elle ne cesse « de s’appliquer à la pénitence et à la rénovation » ; « elle ne cesse de se renouveler ». Cela implique donc au moins une rénovation morale ; et l’Eglise ne peut être le sujet de cette rénovation purificatrice d’elle-même, sans être ou avoir été d’abord celui du péché et de la culpabilité. C’est l’interprétation d’un commentateur « officiel » tel que Karl Rahner. 

C’est aussi ce que dit Paul VI : « L’Eglise devrait être sainte et bonne, devrait être telle que l’a pensée et conçue le Christ et parfois nous voyons qu’elle n’est pas digne de ce titre », L’Osservatore Romano, 28 février 1972 ; ainsi que Jean-Paul II dans sa lettre apostolique Tertio millenio (10 novembre 1994), au § 33 : « Bien qu’elle soit sainte par son incorporation au Christ l’Eglise ne se lasse pas de faire pénitence. La constitution Lumen gentium de Vatican II dit à ce sujet : “L’Eglise qui comprend des pécheurs en son sein est à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement” » ; et au § 35 : « C’est pourquoi l’Eglise, la sainte Eglise, éprouve le besoin de se repentir profondément des faiblesses de tant de ses fils qui ont défiguré son visage et l’ont empêchée de refléter pleinement l’image de son Seigneur crucifié ». 

C’est encore ce que l’on découvre dans le texte suivant : « Le Seigneur purifie son épouse et nous convertit tous à lui. Il nous fait faire l’expérience de l’épreuve pour que nous comprenions que sans lui nous sommes poussière. Cela nous sauve de l’hypocrisie, de la spiritualité des apparences. Il souffle son esprit pour redonner la beauté à son épouse, surprise dans un flagrant adultère », prononcé par le pape François devant le clergé de Rome, le 7 mars 2019. Certes, nous l’avons vu, l’Eglise fait pénitence et en ce sens se purifie dans ses enfants. Mais elle ne peut nullement être appelée adultère, car ce serait lui imputer nos péchés, ce serait nier sa véritable sainteté. 

Conclusion 

Devant les péchés des membres de l’Eglise, de ceux en particulier qui devraient être irrépréhensibles afin d’être les modèles du troupeau, il ne faut pas nous scandaliser, nous souvenant de notre propre faiblesse, et de l’enseignement du concile du Vatican I qui nous rappelle que nous devons croire à « l’éminente sainteté de l’Eglise ». Aussi ne nous associons pas à l’autoflagellation qui est un manque de foi en cet article du Credo. 

« On tombe dans une grande illusion quand on invite l’Eglise, en tant que personne, à reconnaître et à proclamer ses péchés. On oublie que l’Eglise comme personne est l’Epouse du Christ, qu’il “se l’est acquise par son propre sang” (Ac 20, 28), qu’il l’a purifiée pour qu’elle fût devant lui “toute resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel, mais sainte et immaculée” (Ep 5, 27), qu’elle est la “maison de Dieu, colonne et support de la vérité” (1 Tm 3, 15). Quand l’humilité met en péril la magnanimité, c’est qu’elle a cessé d’être une vertu », Charles Journet, Théologie de l’Eglise, DDB, 1958, p. 241.